Un marché en transition 

Les marchés de capitaux européens font face à un paradoxe. Alors que la capitalisation boursière a augmenté de 42 % depuis 2016, le nombre d'entreprises cotées a diminué de près de 30 %. Ce déclin s'est accéléré après 2021, signalant une faiblesse structurelle dans la capacité de l'Europe à attirer et à conserver les cotations boursières. Lors de laListed Company Day à Bruxelles, organisée conjointement par GUBERNA et VBO/FEB, les experts ont convenu que les ménages européens épargnent mais n'investissent pas, une tendance qui sape l'innovation et la croissance à long terme. Deux panels d'experts ont discuté des barrières juridiques et de marché susceptibles d'impacter cette évolution du marché. Le défi est clair : comment l'Europe peut-elle rendre ses marchés plus attractifs et compétitifs dans un environnement mondial ?  

Réglementation : fardeau ou opportunité ? 

La réglementation était au cœur du débat. Les panélistes ont reconnu que la surrèglementation impose des coûts administratifs et de divulgation tels que du personnel supplémentaire, des systèmes de reporting complexes et des obligations croissantes de conformité. Pourtant, ils ont aussi reconnu son potentiel à construire la résilience et la confiance au fil du temps ; Le consensus était que la simplification, et non la déréglementation, est la voie à suivre. Les entreprises ont besoin de règles proportionnelles et d'une approche basée sur le risque pour la conformité, tandis que les décideurs doivent éviter d'ajouter de nouvelles obligations sans évaluer celles existantes. Les conseils d'administration ont été invités à anticiper les changements réglementaires et à transformer la conformité en avantage stratégique, transformant des obligations comme le CSRD et le NIS2, par exemple, en leviers d'innovation plutôt que de simples exercices de cochage de cases. 

 

Durabilité : du fardeau au facteur différenciateur 

Le reporting sur la durabilité s'est imposé à la fois comme un défi et une opportunité. Bien que les cadres ambitieux de l'UE (CSRD, CS3D et la Taxonomie) visent à stimuler la transition verte, leur complexité risque de submerger les entreprises, en particulier les PME. La fatigue liée aux rapports est bien réelle, et le coût de la conformité est élevé. Cependant, la durabilité elle-même reste un puissant facteur de différenciation concurrentielle. Les entreprises qui intègrent l'ESG dans leur stratégie principale sont mieux placées pour attirer les investisseurs, atténuer les risques et débloquer de nouvelles opportunités de croissance. L'essentiel réside dans le passage du reporting axé sur la conformité vers le positionnement stratégique, soutenu par des systèmes de gouvernance qui privilégient la création de valeur à long terme. 

 

Restauration de l'attractivité du marché 

La liquidité et la visibilité sont des points de douleur critiques pour les PME belges et européennes. Les plateformes de trading fragmentées, les contraintes budgétaires et la couverture limitée des analystes rendent plus difficile l'accès au capital pour les petites entreprises. Parallèlement, l'incertitude géopolitique et la volatilité macroéconomique ajoutent des couches de complexité aux décisions d'investissement. Pour inverser la tendance à la baisse des cotations, l'Europe doit compléter l'Union des marchés financiers et accélérer l'Union d'épargne et d'investissement. Cela signifie canaliser l'épargne des ménages vers les marchés actions, harmoniser la supervision et réduire les charges administratives d'au moins 25 %, voire 50 % pour les PME, comme le suggère le rapport Draghi. Les deux panels ont convenu qu'il incombait au conseil d'engager les décideurs sur des réformes qui éliminent à la fois les charges réglementaires contre-productives et stimulent l'innovation. Sans réformes audacieuses, l'Europe risque de perdre son avantage concurrentiel et de voir davantage d'entreprises migrer vers des marchés étrangers. 

 

Conclusion 

La Listed Company Day soulignait une ambition commune : faire des marchés de capitaux européens un moteur d'innovation et de croissance durable. Pour y parvenir, il faudra adopter un nouvel état d'esprit, un équilibre entre protection des investisseurs et compétitivité, simplifie la réglementation sans compromettre l'intégrité et transforme la durabilité en un avantage stratégique pour la création de valeur à long terme. Pour les conseils d'administration, les régulateurs et les opérateurs de marché, le temps du changement progressif est révolu, l'Europe a besoin d'actions décisives pour restaurer la confiance, attirer les investissements et assurer sa place dans le paysage financier mondial. 

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