GUBERNA Alumni Sparkles - Yvan De Cock

07-05-2021

Qu'implique le fait d'être un administrateur indépendant dans un environnement réglementé ?

Yvan De Cock est un banquier chevronné qui possède une solide expérience en tant qu'administrateur. Depuis 2018, il est administrateur indépendant de la Banque Degroof Petercam. Dans le cadre d'un entretien avec GUBERNA Alumni Sparkles, il explique de manière plus détaillée ce qu’implique le fait d'être un administrateur indépendant dans l'environnement bancaire réglementé d'une banque non cotée en Bourse à l'actionnariat différencié (d'origine familiale). Outre les « règles de gouvernement d'entreprise » et le droit des sociétés, une banque est soumise à une réglementation et à un contrôle spécifiques. Yvan De Cock partage également son expérience dans les comités spécifiques au sein desquels il siège. Un organe administratif dynamique peut rester fort grâce à la diversité des compétences en présence, à l'auto-évaluation (self-assessment), au suivi constant des facteurs environnementaux et à la mise à jour permanente des connaissances et des compétences nécessaires, à la transparence de la stratégie et de l'information et, enfin, à la préparation d'une organisation « post-covid » qui répondra au mieux aux besoins des clients.

Pouvez-vous vous présenter, ainsi que le contexte dans lequel vous exercez votre (vos) mandat(s) ?

Pendant 40 ans, j'ai exercé des fonctions exécutives, dont 34 années dans le secteur financier. Actuellement, j’occupe le poste d’administrateur (non indépendant) chez TEB, la filiale turque de BNP Paribas Fortis, et d’administrateur indépendant chez Banque Degroof Petercam, où je suis également président du comité d'audit, membre du comité des risques et du comité de rémunération.

Yvan De Cock

Administrateur indépendant Bank Degroof Petercam

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Yvan De Cock

En quoi le rôle d'administrateur de la filiale d'une banque diffère-t-il, au sein d'une entreprise familiale indépendante ?

Chaque administrateur se voit confier la même mission, qui est d'atteindre les objectifs de la société. La fonction d'administrateur indépendant comporte certaines spécificités en fonction des rôles que l'on assume.

Mon expérience antérieure en tant que manager dans le secteur financier se situe au niveau des banques cotées en Bourse et de leurs succursales. Actuellement, chez Degroof Petercam, je suis administrateur indépendant d'une banque non cotée à l'actionnariat diversifié : des actionnaires familiaux dont certains sont des descendants des fondateurs de la banque qui opéraient il y a 150 ans, une société holding, des partenaires financiers, le management et de petits actionnaires.  En tant qu'administrateur indépendant, il convient de porter une attention particulière à l'égalité de traitement de tous les actionnaires et aux éventuels conflits d'intérêts. Les actionnaires familiaux entretiennent généralement aussi un lien affectif fort avec l'entreprise, au sens positif, mais la vision des choses un peu plus détachée d'un administrateur indépendant peut s'avérer très utile. 

Quel motif vous a poussé à devenir administrateur ?

C'est agréable de pouvoir partager les connaissances et l'expérience acquises pendant des années, et d'être apprécié pour cela. J'ai toujours aussi été motivé de changer régulièrement d'environnement de travail et d'apprendre en permanence de nouvelles choses. 

Quelle est votre expérience à ce jour ?

Chez Banque Degroof Petercam, je suis administrateur d'une société non cotée, qui n'est donc en principe pas soumise au code de gouvernement d'entreprise. En tant que banque, elle est toutefois soumise au contrôle de la Banque centrale européenne, de la Banque nationale de Belgique et de la FSMA (Autorité des services et marchés financiers). Les règles de ces autorités de contrôle sont beaucoup plus strictes que le code de gouvernement d'entreprise et le droit des sociétés réunis.

Le rôle d'administrateur indépendant est encore plus spécifique que dans une société non financière. Par exemple, une banque dispose de 4 comités (audit, risques, nomination et rémunération). L'autorité de surveillance prévoit que les 4 comités sont présidés par un administrateur indépendant. Cela n'est pas nécessaire selon le code de gouvernement d'entreprise, ni selon le droit des sociétés.  

Deuxième exemple : les « orientations de la BCE » utilisent une définition beaucoup plus large des « conflits d'intérêts » que la notion de conflits d'intérêts patrimoniaux énoncée dans la loi sur les sociétés.  

Troisième exemple : avant de pouvoir devenir administrateur au sein d'une banque, vous devez passer par toute une procédure d'évaluation supervisée par les régulateurs qui permet de déterminer si vous avez la fiabilité requise et les compétences appropriées (« fit and proper » dans le jargon). Une grande attention est donc accordée à la sélection.

Quel impact la crise actuelle a-t-elle sur votre rôle d'administrateur ?

Actuellement, au sein de la banque, nous travaillons sur le modèle économique « post-covid » et sur la gestion de divers risques : par exemple, comment la numérisation accélérée affecte-t-elle les contacts avec les clients ? Comment organise-t-on le travail ? Comment encore mieux organiser et veiller à la sécurité informatique, à la protection des données ? Comment intégrer encore mieux la lutte contre le blanchiment d'argent dans l'organisation, veiller à proposer des produits et services adaptés qui correspondent au profil de risque du client ? Etc. Autant de sujets qui nécessitent en effet une attention particulière.

En ce qui concerne la sécurité informatique, on me demande parfois : « Comment maîtriser ce domaine si on n'est pas expert ? Il est préférable d'inviter au conseil d'administration un responsable informatique qui pourra traduire son jargon dans un langage simple. Nous comptons ce genre de personne dans nos rangs. Deuxièmement, il est important de disposer de diverses compétences durant la réunion du conseil d'administration. Nous avons actuellement un administrateur qui possède une vaste expérience en matière de TIC et nous avons par ailleurs mis en place un comité informatique qui est présidé par cet administrateur. Ce n'est pas exigé par la législation bancaire, mais nous avons estimé qu'il était important de créer ce comité. Ce comité fournit au Conseil d'administration la traduction des activités liées aux TIC et prodigue, par exemple, des conseils sur les programmes de renouvellement des systèmes informatiques. De plus, les TIC ne sont pas seulement une question de pure technique. Dans la sécurité informatique, par exemple, la gestion des droits d'accès est très importante et c'est une donnée purement fonctionnelle et organisationnelle. Nul besoin d'être un expert informatique technique pour comprendre cela. Idem pour de nombreux autres sujets tels que le traitement des données. La diversité au sein de l'organe administratif est donc un élément important, mais le bon sens peut déjà aussi contribuer énormément à une prise de décision et à un contrôle corrects.

Selon vous, quelles compétences et aptitudes sont essentielles pour être un bon administrateur ?

Un bon administrateur doit être fortement impliqué dans l'entreprise, consacrer suffisamment de temps à son mandat, être bien informé sur la vie de l'entreprise, et ouvrir grand les yeux et les oreilles sur ce qui se passe dans le monde, que ce soit dans son secteur ou en dehors de celui-ci. L'administrateur doit également continuer à se former et l'entreprise a l'obligation de l'y aider. Dans le secteur financier, il importe aussi d'être étroitement informé de l'évolution de la réglementation et du processus de contrôle.

Comme déjà indiqué précédemment, il est important que la composition du Conseil d'administration soit diversifiée. Comme l’établit la formation Board Dynamics de GUBERNA, où les participants apprennent comment un « Board » peut fonctionner correctement, même dans les situations de crise. Des lignes de communication courtes et transparentes, la disponibilité et la collégialité sont des conditions nécessaires au bon fonctionnement de l'organe administratif.

De par votre expérience, vous avez eu énormément aussi affaire au leadership d'entreprise, en plus des mandats d'administrateur. Qu'est-ce qui fait la spécificité d’un excellent administrateur d'entreprise ?

Outre les caractéristiques précitées d'engagement, de formation continue et d'observation de ce qui se passe dans le monde, il est essentiel de pouvoir penser et d'agir en toute indépendance : il est nécessaire d'oser exprimer son opinion et de confronter des opinions différentes pour le bon déroulement du processus de délibération qui permet d'aboutir à une décision optimale. 

Lorsque nous voulons désigner un nouvel administrateur dans notre banque, nous analysons les compétences dont nous disposons et les compétences que nous attendons d'un nouvel administrateur. Nous procédons également chaque année à une « auto-évaluation » afin de déterminer quelles compétences sont insuffisamment disponibles.

La valeur ajoutée d'une « auto-évaluation », basée sur une longue liste de questions, contraint la personne à réfléchir de manière critique à son propre rôle au sein de l'organe administratif. On pourrait penser que l'on sait déjà tout cela. Lorsqu'on reçoit alors un questionnaire concret, on est obligé de réfléchir attentivement à la question et de déterminer ce que l'on peut encore améliorer et apprendre. 

Notre « auto-évaluation » commence par une introspection, une auto-analyse sur notre propre fonctionnement et se prolonge par un feed-back à 180 degrés de la part des autres administrateurs. Pour le bien de notre banque, nous pensons que nous devons disposer des compétences adaptées à nos 4 activités stratégiques et récurrentes à la fois sur le plan technique que sur le plan des « soft skills ».  

Il ne s’agit donc pas seulement de s'efforcer d'être personnellement un excellent administrateur, mais aussi d'exceller ensemble dans la complémentarité des compétences, en tant qu'administration collégiale.

Quelle est, selon vous, votre valeur ajoutée spécifique pour un Board ?

En tant qu'administrateur indépendant, je peux, sur la base de mon expérience dans le secteur, aider les autres administrateurs et dirigeants à définir la bonne stratégie, non en adoptant une attitude de « monsieur-je-sais-tout » mais grâce à un dialogue constructif, en attirant l'attention sur les tendances observées et les nouveaux développements.  De plus, je peux faire référence aux « bonnes pratiques » en matière de gestion générale, de gestion des risques et de conformité.

Je suis également président du comité d'audit, qui a deux missions importantes.  La première mission consiste à contrôler l'intégrité des comptes annuels et de conseiller à ce sujet l'organe administratif qui, à son tour, fournit des conseils à l'Assemblée générale. C'est une mission importante et parfois un peu technique. Deuxièmement, nous sommes chargés de veiller à la bonne organisation de la gestion des risques. Dans le jargon bancaire, on appelle cela la « troisième ligne de défense » : la première ligne de défense est assurée par les départements opérationnels, la deuxième par le département risques et la troisième par le département audit interne. Je suis également membre du comité des risques, ce qui me permet également d'établir facilement le lien avec la deuxième ligne de défense afin de m'assurer que tous les risques sont identifiés et correctement gérés.

En tant que président du comité d'audit, j'entretiens également de bons contacts avec le responsable de l'audit interne, le réviseur externe et les régulateurs, qui peuvent également attirer mon attention sur des points spécifiques concernant les comptes ou la gestion des risques.

Enfin, je suis également membre du comité de rémunération qui doit non seulement veiller à une rémunération correcte de la direction et de ses collaborateurs, mais aussi à un système de rémunération qui favorise une saine gestion des risques. En ce sens, en accord avec le président du comité des risques, je peux fournir des conseils appropriés sur la base de ce que nous avons vu et de ce dont nous avons discuté au sein de ces deux comités.

Quels thèmes méritent la plus grande attention dans la salle du Conseil ?

Dans la finance au sens large, qui concerne tant les assureurs que les comptables, les notaires, les banques, etc., la notion de conformité est très importante, plus particulièrement la lutte contre le blanchiment d'argent. Il ne vous suffit pas de connaître (ou de penser connaître) vos clients, vous devez pouvoir aussi documenter cela. Les « politiques » et processus doivent être clairs et transparents. Nous avons dû y prêter davantage attention au cours de l'année écoulée. Vous devez également installer les « outils » qui permettent par exemple de détecter et d'essayer d'empêcher d'éventuelles opérations de blanchiment d'argent. Il importe, à cet égard, d'œuvrer à la réalisation d'une culture parmi les employés, qui doivent comprendre l'importance de ce sujet et agir en conséquence.

Par ailleurs, d'autres sujets importants figurent (ou doivent figurer) à l'ordre du jour de l'organe administratif, non seulement dans le secteur financier, mais aussi dans tous les secteurs, tels que la numérisation, la cybersécurité, la responsabilité sociale des entreprises, la protection des clients, la protection des données, l'externalisation, etc.

Quels conseils donneriez-vous aux (futurs) membres du conseil d'administration ?

Le passage d'un poste opérationnel à un poste au conseil d'administration nécessite plus de profondeur dans des domaines autres que l'opérationnel. Surtout si vous connaissez bien le secteur, car vous pourriez avoir tendance à dicter à la direction la manière de résoudre ou de traiter telle ou telle question. Vous pouvez faire des suggestions, mais vous devez veiller à ne pas imposer votre point de vue. Le rôle d'administrateur est plus stratégique. En tant qu'administrateur, vous contribuez à définir la stratégie de l'entreprise sur la base des propositions de la direction. Si vous n'exercez plus de fonction exécutive, vous avez l'avantage de pouvoir consacrer plus de temps aux questions stratégiques et donc d'apporter une réelle valeur ajoutée à la direction, avec les autres administrateurs.

Comment les programmes de formation de GUBERNA ont-ils contribué à votre réussite en tant qu'administrateur ?

Nous avions déjà travaillé en étroite collaboration avec GUBERNA pour la formation de collaborateurs de BNP Paribas Fortis aux mandats d'administrateur. Chez Degroof Petercam aussi, nous avons déjà eu recours aux formations de GUBERNA qui ont été très appréciées et ont permis par conséquent d'améliorer les compétences en matière de bonne gouvernance.

Comment le réseau GUBERNA Alumni vous accompagne-t-il dans l’exercice de votre rôle d'administrateur ?

Grâce au réseau que j'ai développé en tant que banquier, je trouve toujours un interlocuteur possédant une expertise donnée ou une oreille attentive pour pouvoir assurer une gouvernance de qualité. Je continue sur cette lancée, notamment grâce à mon adhésion à l'association GUBERNA Alumni.

A propos l'intervieweur

Interview réalisée par Chris Wouters – GUBERNA Certified Director

Business Partner and Advisor

Tel +32 477 666 083

Contact par e-mail  

Chris Wouters

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GUBERNA veut être une véritable communauté dans laquelle chaque membre peut exercer son rôle d'administrateur dans les meilleures conditions. Afin de stimuler l'échange d'expériences et d'informations, les Alumni de GUBERNA ont lancé cette série d'entretiens en septembre 2020. Objectif : inspirer nos membres à travers les témoignages d'administrateurs professionnels.

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