Les petites entreprises ont doublé la rémunération de leurs administrateurs, dépassant désormais parfois celle des entreprises de taille moyenne. C'est ce que révèle une nouvelle étude de Guberna sur les entreprises non cotées. Fait notable: seuls 10 % de ces entreprises comparent leurs rémunérations avec le marché. À lire aussi : La rémunération des administrateurs non exécutifs fortement liée au chiffre d'affaires 

« Par rapport à notre précédente étude, nous constatons que les petites entreprises ont doublé la rémunération moyenne de leurs administrateurs », explique Sander Berghmans, expert en recherche chez Guberna. Ces rémunérations se rapprochent maintenant de celles des grands acteurs. « Pour un administrateur, les petites entreprises représentent aujourd'hui une opportunité particulièrement intéressante », souligne-t-il. 

Un fossé persistant avec les executives 

Le tableau est tout autre pour les executives, comme le relève Wouter Beuckels, expert chez Hudson. « Leur rémunération reste étroitement liée à la taille de l'entreprise, principalement déterminée par le chiffre d'affaires et le nombre d'employés. » Dans les grandes entreprises, ces rémunérations peuvent atteindre des multiples considérables de celles pratiquées dans les petites structures. 

La Belgique à la traîne en Europe 

L'étude, qui a passé au crible 186 entreprises dans 26 secteurs, met en évidence un constat préoccupant : les administrateurs belges accusent un retard significatif par rapport à leurs homologues européens. « La Belgique accuse un retard manifeste », confirme Liesbeth De Ridder, Secrétaire Générale de Guberna. Une analyse comparative de Willis Towers Watson portant sur 12 pays d'Europe occidentale ne fait que confirmer cette réalité. 

Paul Etienne Siegrist, Senior Business Partner chez Hudson, observe le même phénomène pour les executives : « Le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne proposent des packages salariaux nettement plus attractifs, qu'il s'agisse des composantes fixes, variables ou des avantages annexes. » 

Le défi particulier des entreprises familiales 

Les entreprises familiales se trouvent confrontées à une problématique spécifique. « Nombre d'entre elles sous-rémunèrent leurs administrateurs familiaux, voire ne les rémunèrent pas du tout », observe De Ridder. « Elles partent du principe erroné que ces derniers sont déjà compensés par les dividendes ou la valorisation des actions. » Cette tendance se reflète également au niveau des executives, avec des écarts pouvant atteindre 20 % selon Hudson. Les rémunérations variables et les incentives à long terme, tels que les plans d'actions, y sont également moins répandus. 

Une culture du benchmark à développer 

Le plus frappant reste peut-être que seules 10 % des entreprises non cotées pratiquent le benchmark de leurs rémunérations. « Les petites entreprises le font rarement, mais même parmi les plus grandes, plus de la moitié n'y recourt pas », note Berghmans, qui préconise une comparaison tous les quatre ans. La situation diffère radicalement pour les executives, où 80 % des entreprises utilisent des données de benchmark pour établir des packages de rémunération objectifs et conformes au marché. Hudson recommande d'ailleurs une révision bisannuelle, compte tenu de l'évolution rapide des rémunérations des executives. Cette étude soulève une question fondamentale : cette nouvelle dynamique des rémunérations annonce-t-elle une transformation plus profonde du paysage entrepreneurial belge ? L'avenir nous le dira.